La protéine végétale, l’arme secrète du groupe Roquette

Roquette a doublé sa rentabilité en basculant d’une production de masse de matières premières agricoles à la production d’ingrédients et de protéines végétales. Le groupe a investi 600 millions d’euros sur trois ans dans les protéines de pois et défie les géants américains comme ADM ou Cargill dans ce domaine. Les courants flexitarien et vegan présagent « un développement extraordinaire sur quinze ans ».

« Il y a une formidable demande en nouvelles protéines. Les jeunes veulent une alimentation différente, avec moins de viande, voire pas de viande. Cela nous promet un développement extraordinaire sur quinze ans », s’enthousiasme Jean-Marc Gilson, le directeur général de Roquette.

En vingt ans, le groupe, plutôt discret, a opéré une mutation radicale. Longtemps spécialiste des matières premières et des productions de masse, il a opté pour des territoires beaucoup plus spécialisés et nettement plus rémunérateurs. « Il y a vingt ans, plus nous faisions du volume, plus nous gagnions de l’argent grâce à la Politique agricole commune. Face au délitement des subventions à l’exportation, il a fallu prendre des décisions pour se relancer », explique aux « Echos » Edouard Roquette, le président du conseil d’administration.

 

Ambition de rang mondial

Aujourd’hui, l’entreprise se targue d’être un spécialiste de niveau mondial des ingrédients et des protéines végétales, servant la pharmacie,  la cosmétique et surtout l’industrie agroalimentaire. Le groupe de Lestrem (Pas-de-Calais) affiche un chiffre d’affaires de 3,5 milliards d’euros et emploie 8.500 salariés dans 25 usines. Mais il se pose en acteur mondial en défiant les deux géants américains –  ADM (Archer Daniels Midland) et ses 65 milliards de dollars ou, mieux encore,  Cargill avec ses 113 milliards de dollars.

« Nous avons bien plus d’agilité et d’audace », lance Jean-Marc Gilson. Et il est vrai nettement moins de pression à court terme que les mastodontes cotés à Wall Street. Roquette a doublé son résultat opérationnel en quatre ans sur la période 2015-2018. Il n’est pas endetté et investit sur ses fonds propres. Les 200 actionnaires familiaux ne réclament « pratiquement pas de dividendes. Ils sont d’accord pour tout réinvestir », se félicite Edouard Roquette.

 

Nouveaux standards

Résolument tourné vers les marchés de spécialité depuis cinq ans, Roquette voit dans le pois protéagineux une fabuleuse source de protéines végétales et une formidable réponse au marché. Susceptible de damer le pion au soja américain dans l’alimentation animale ou humaine. Dans l’air du temps. Il ne requiert ni beaucoup d’eau, ni beaucoup de fertilisants. Il n’est pas allergène. Il ne contient pas de gluten. Et en plus il enrichit la terre. L’entreprise agroalimentaire qui a le plus investi dans la protéine de pois est  Beyond Meat , client de Roquette. « Beyond Meat est en train de créer de nouveaux standards », clame Jean-Marc Gilson.

Les protéines de pois trouvent leurs débouchés dans la nutrition hospitalière, l’alimentation des sportifs et celles de tous les consommateurs en attente de menus plus végétaux. « La demande est énorme. On a de la peine à répondre. Tous les gros essaient de nous suivre », dit Jean-Marc Gilson. Nestlé, le numéro un mondial de l’alimentation, pour ne citer que lui, « a obtenu 60 brevets grâce à la seule protéine de pois », assure le dirigeant.

 

La plus grosse usine au Manitoba

Convaincu que l’avenir passe par la piste végétale, Roquette a investi 500 millions d’euros en cinq ans dans sa nouvelle pépite, dont 300 millions au Canada, où il a construit une énorme usine dans le Manitoba (le site va entrer en production en 2020). Elle transforme 150.000 tonnes de pois pour produire des milliers de  tonnes de protéines et d’amidon, qui serviront à élaborer des sirops de glucose organique. « La demande américaine est très forte pour éviter les OGM », constate Jean-Marc Gilson.

 

Coqueluche américaine

Les protéines végétales fournissent à l’industrie agroalimentaire « l’opportunité de créer des gammes entièrement nouvelles. C’est dans la protéine de pois qu’il y a le plus grand nombre de dépôts de brevets. Il y a une vraie frénésie de développement des entreprises sur ce segment », s’enthousiasme le dirigeant. L’industrie agroalimentaire n’est pas la seule intéressée. Les fonds d’investissement américains sont aussi sur les rangs. « La protéine de pois attire des milliards. C’est le semi-conducteur de l’alimentation », s’enflamme Jean-Marc Gilson.

 

Source : https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/la-proteine-vegetale-larme-secrete-du-groupe-roquette-1163278

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